Ce que des gens ordinaires arrivent à faire

Randonner en groupe sans perdre personne en chemin

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Une randonnée en groupe qui se passe mal ne se termine presque jamais par un accident spectaculaire. Elle se dégrade en silence : quelqu’un traîne, le groupe s’étire sur plusieurs centaines de mètres, personne ne sait plus vraiment qui est devant, qui est derrière. C’est cette dispersion progressive, plus que la difficulté du terrain, qui transforme une sortie agréable en journée éprouvante.

Le rythme du plus lent, une règle et non une politesse

C’est le principe le plus souvent énoncé et le plus souvent oublié dès la première montée un peu soutenue : un groupe avance à la vitesse de son marcheur le plus lent, pas à celle de sa moyenne. Laisser le groupe s’étirer parce que « les plus rapides attendront en haut » crée exactement le problème qu’on cherche à éviter : des randonneurs isolés, hors de vue les uns des autres, sur un terrain qu’ils ne connaissent pas forcément.

La solution la plus simple, utilisée par la plupart des associations de randonnée, consiste à placer le marcheur le plus lent juste derrière la personne qui ouvre la marche, et non en dernière position. Cette place, contre-intuitive, évite qu’il se sente en faute de ralentir tout le monde et donne naturellement le tempo à l’ensemble du groupe.

Des points de regroupement fixés avant de partir

Un bon animateur de randonnée annonce, avant le départ, les points où le groupe se retrouvera systématiquement : un croisement de sentiers, un sommet, la sortie d’une forêt. Ce n’est pas une contrainte administrative, c’est ce qui permet de repérer immédiatement une absence plutôt qu’à l’arrivée, plusieurs heures plus tard.

  • Un point de regroupement toutes les 45 minutes à une heure de marche, plus fréquent si le terrain est technique ou la visibilité réduite.
  • Un comptage systématique à chaque point, pas seulement un coup d’œil approximatif.
  • Une personne « serre-file » clairement identifiée, qui ferme la marche et ne dépasse jamais personne — sa position même garantit que personne n’est laissé derrière elle.

Sur les sorties plus longues, certains groupes fixent aussi un point de « non-retour » : au-delà d’une certaine heure, si ce point n’est pas atteint, la décision de faire demi-tour est prise automatiquement, sans discussion, précisément pour éviter qu’elle ne soit prise trop tard, sous la fatigue et la pression du groupe.

Le matériel commun, préparé avant et non pendant

Certains équipements n’ont pas vocation à être portés par chaque participant individuellement, mais doivent être présents dans le groupe, en quantité suffisante et clairement répartis :

  • Trousse de premiers secours — idéalement une par sous-groupe de dix personnes sur les sorties nombreuses, jamais une seule pour tout le groupe s’il s’étire sur plusieurs kilomètres.
  • Carte et moyen de navigation — sur papier en plus du téléphone, dont la batterie et le réseau ne sont jamais garantis en zone montagneuse ou boisée.
  • Sifflet — trois coups brefs répétés est le signal de détresse reconnu internationalement, bien plus audible qu’un cri sur la durée.
  • Couverture de survie et eau en réserve — pas seulement pour soi, pour pouvoir dépanner un participant en difficulté.

Répartir ce matériel entre plusieurs porteurs, plutôt que de le concentrer sur une seule personne, garantit qu’il reste accessible même si le groupe se scinde temporairement.

La météo se vérifie deux fois, pas une

Une prévision consultée la veille au soir n’a pas la même fiabilité qu’une prévision consultée le matin même, en particulier en montagne où les conditions évoluent vite. Les orages d’après-midi en période estivale, très fréquents en relief, justifient à eux seuls de caler les sorties les plus exposées tôt le matin, avec un objectif de sommet ou de crête atteint et quitté avant le début d’après-midi.

En montagne, la règle communément admise chez les guides et accompagnateurs est de quitter tout point exposé — crête, sommet, col dégagé — avant le début de l’après-midi, période statistiquement la plus orageuse en saison chaude.

Le vent, souvent sous-estimé par rapport à la pluie, change également la donne : une température supportable au départ peut devenir dangereuse en altitude une fois combinée à un vent soutenu, notion connue sous le nom de refroidissement éolien.

Faire demi-tour, une décision qui se prend tôt

La décision la plus difficile à prendre pour un groupe n’est pas de partir, c’est de rebrousser chemin. Elle est difficile parce qu’elle heurte l’objectif fixé, parce qu’elle peut sembler décevoir les participants les plus motivés, et parce qu’elle demande souvent d’admettre une erreur d’appréciation initiale sur la durée ou la difficulté du parcours.

C’est justement pour cette raison qu’elle doit reposer sur des critères objectifs fixés avant le départ — l’heure de non-retour évoquée plus haut, un changement météo constaté, la fatigue visible d’un participant — plutôt que sur une discussion collective en plein effort, moment où le jugement de chacun est le moins fiable. Un animateur qui annonce le demi-tour n’a pas à se justifier longuement : la sécurité du groupe prime sur l’objectif de la sortie.

Rejoindre un groupe plutôt que randonner seul

Ces règles, qui peuvent sembler contraignantes énoncées ainsi, sont précisément ce qui rend une randonnée collective plus sûre qu’une sortie solitaire, à condition d’être appliquées avec constance et non improvisées le jour même. Elles s’apprennent souvent au sein d’associations de randonnée locales, qui forment leurs animateurs bénévoles à ces pratiques — une autre facette de l’engagement associatif largement méconnue du grand public. Pour qui débute, rejoindre un groupe déjà constitué reste la façon la plus sûre d’apprendre ces réflexes avant d’organiser, un jour, ses propres sorties. Voir aussi notre article sur la reprise progressive de la marche pour les sorties les moins engagées.


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